top of page

Achats responsables : quand la durabilité devient un avantage économique. Les enseignements d’Ingka Group

Dernière mise à jour : 23 juin


Tout le monde connaît IKEA. Moins de personnes connaissent Ingka Group.


Ingka est le plus grand franchisé IKEA, celui qui exploite les magasins dans la majorité des pays. Raphael Guillard y a partagé un retour d'expérience particulièrement éclairant sur leur approche en matière d'achats responsables, et je le remercie pour ce partage.


Ce qui rend ce témoignage si pertinent ? Raphael ne présente pas la durabilité comme un engagement environemental ou sujet de communication. Il la relie à des enjeux économiques très concrets : maîtrise de l'exposition aux énergies fossiles, résilience opérationnelle, qualité de service, adaptation locale et impact social.


La durabilité comme outil de gestion des risques


Selon Ingka Group, l'entreprise a commencé à s'éloigner des livraisons diesel bien avant que ce sujet ne devienne une priorité pour de nombreuses entreprises.


À l'époque, les camions électriques, les infrastructures de recharge et les modèles de livraison zéro émission étaient encore en phase de développement. La transition a demandé des investissements, des ajustements opérationels et une conviction interne forte.


Avec le recul, ce choix apparaît comme une décision stratégique.


Dans un contexte de volatilité des prix de l'énergie, les entreprises fortement dépendantes des carburants fossiles peuvent voir leur coûts logistiques devenir plus difficile à anticiper. En progressant plus tôt vers des solutions de livraison zéro émission, Ingka indique avoir réduit une partie de cette exposition.


Pour les équipes achats, l'enseignement est important : les achats responsables ne relèvent pas seulement du reporting, de l'image ou de la conformité. Ils peuvent aussi devenir un levier d'anticipation des risques.


Ce qui semble parfois plus complexe à court terme peut créer de la valeur à moyen et long terme lorsque cela permet de réduire une dépendance critique, de sécuriser une activité ou de préserver la continuité opérationnelle.


Une ambition globale, des solutions locales


Un autre point fort du retour d'expérience d'Ingka réside dans l'articulation entre une ambition globale avec une mise en œuvre très locale.


Raphael Guillard cite plusieurs exemples : vélos-cargos électriques à Paris, bateaux sur la Seine, triporteurs en Inde et en Australie. Ces solutions ne semblent pas résulter d'un modèle unique appliqué partout de manière standardisée. Elles répondent plutôt à des réalités locales: infrastructures disponibles, contraintes urbaines, géographie, attentes clients et maturité des fournisseurs sur chaque territoire.


C'est précisément dans cette articulation que les achats sont souvent le point de passage entre la stratégie et l'exécution. Lorsqu'elles sont bien outillées, elles ne se contentent pas d'identifier des fournisseurs plus responsables. Elles traduisent une ambition de durabilité en décisions concrètes: choix de partenaires, critères de sélection, modalités contractuelles, accompagnement fournisseur, indicateurs de performance et conditions de passage à l'échelle.


La durabilité devient alors moins théorique. Elle se matérialise dans les choix opérationnels.


De la décarbonation à l'impact social


Le retour d'expérience d'Ingka ne se limite pas à la dimension environnementale. Il relie également la transition bas-carbone à une réflexion plus large sur l'impact social intégré au modèle économique — en référence au concept de social business de Muhammad Yunus.


L'idée est simple mais structurante : l'impact social ne doit pas être traité comme une action périphérique ou philanthropique. Il peut être intégré dans les modèles économiques, les relations fournisseurs, la prestation de services.


Deux exemples concrets illustrent cette approche.


À Paris, Raphael évoque le partenariat d'IKEA France avec Carton Plein, une entreprise sociale qui accompagne des personnes en situation de grande exclusion vers l'emploi, notamment à travers des activités de logistique à vélo et de réemploi de cartons. Le test d'un micro-hub dans Paris intra-muros permet ainsi de relier logistique urbaine, circularité et inclusion sociale.


En Suisse, il mentionne également les contrats avec BAND et VEBO, deux entreprises sociales créant des opportunités d'emploi pour des personnes en situation de handicap, notamment autour des services d'installation et de réparation de cuisines.


Ces exemples montrent une évolution intéressante: l'impact social n'est pas ajouté après coup. Il est intégré à la chaîne d'approvisionnement comme une composante du modèle opérationnel.


Pour les achats , c'est un changement de perspective important. Il ne s'agit plus simplement d'ajouter un critère RSE dans une grille d'évaluation fournisseur. Il s'agit de concevoir des modèles d'achat capables de combiner performance operationnelle, impact environnemental et contribution sociale.



Ce que les directions achats peuvent en retenir


En écoutant Raphael, quatre enseignements me semblent particulièrement utiles pour les directions achats.


Anticiper avant que la pression ne devienne inévitable. Attendre que la réglementation, les coûts de l'énergie ou les attentes clients s'intensifient rend la transition plus coûteuse et plus difficile.


Tester localement, mais penser le passage à l'échelle. Les pilotes sont essentiels mais ne suffisent pas. Un pilote crée de la valeur lorsqu'il est relié à une ambition plus large, soutenu par une une gouvernance claire et évalué selon des critères économiques, opérationnels, environnementaux et sociaux. L'enjeu n'est pas de prouver qu'une solution fonctionne ponctuellement. Il est de comprendre à quelles conditions elle peut être adaptée, reproduite ou élargie.


Adapter les processus achats à de nouveaux types de fournisseurs. Les entreprises sociales, les PME, les structures locales ou les acteurs inclusifs ne rentrent pas toujours facilement dans les processus achats traditionnels des grandes organisations. Elles peuvent nécessiter plus d'accompagnement à l'onboarding, des modalités d'onboarding adaptées, une approche contractuelle plus progressive ou des indicateurs de performance spécifiques. Mais elles peuvent aussi apporter de l'agilité, de la proximité, une meilleure connaissance du terrain et un impact mesurable. Pour les directions achats l'enjeu est donc de créer des cadres suffisamment souples pour ne pas exclure des acteurs porteurs de solutions innovantes.


Construire le business case dans le langage des achats.


La durabilité devient plus audible lorsqu'elle est reliée aux facteurs de décision des achats : coût total, exposition au risque, qualité de service, continuité opérationnelle, performance fournisseur, capacité d'innovation et résilience de la chaîne d'approvisionnement. C'est souvent cette traduction qui manque.


Les achats responsables ne doivent pas être présentés uniquement comme une obligation ou une démarche de conviction. Ils doivent être aussi reliés à la performance économique et opérationnelle de l'organisation.


De l'intention à la mise en œuvre


Ce que Raphael illustre, c'est l'évolution nécessaire des achats responsables.


Ils ne peuvent plus être considérés comme une initiative à part, portée uniquement par quelques personnes convaincues. Ils doivent devenir une approche structurée pour rendre de meilleures décisions d'achat.


Choisir des fournisseurs plus responsables est un point de départ. Comprendre comment ces choix influencent la performance à long terme, la résilience des opérations, les écosystèmes fournisseurs et les impacts sociaux et environnementaux, c'est là que se construit une vraie maturité achats.


Pour beaucoup d'organisations, la question n'est plus seulement: pourquoi les achats responsables sont-ils importants? La vrai question devient : où en sommes-nous aujourd'hui, et comment passons-nous de l'ambition à la mise en œuvre ?


C'est précisément pour répondre à cette question pour cela que Transformative Procurement Change accompagne les organisations dans l'évaluation et le renforcement de leur maturité achats responsables.


Parce que les achats responsables ne sont pas seulement la bonne chose à faire.


Lorsqu'ils sont anticipés, structurés et déployés avec méthode, ils peuvent devenir un véritable avantage économique.



Évaluer votre maturité avec le Sustainable Procurement Maturity Self-Assessment Tool by Transformative Procurement Change

Commentaires


bottom of page